Quand la trésorerie se tend, l'instinct pousse à penser rapport de force : que peut-on menacer, que peut-on retenir, qui cédera le premier. En pratique, les entreprises en difficulté ont rarement beaucoup de leviers, et celles qui négocient avec succès ne sont pas celles qui ont la position la plus forte, mais celles qui sont le mieux préparées. La préparation est le seul avantage qu'un débiteur peut construire unilatéralement, avant le premier appel.
Savoir ce que vos contrats disent vraiment
Avant de parler à un créancier, connaissez votre position juridique à son égard, pas approximativement, précisément. Quels cas de défaut sont survenus ou imminents ? Existe-t-il des clauses de cross-default qui permettent à l'action d'un créancier de déclencher les droits de tous les autres ? Qui détient des sûretés, sur quoi, et sont-elles valablement constituées ? Quels droits de résiliation, d'information et d'exigibilité anticipée existent, et lesquels ont déjà été perdus ou abandonnés par le comportement passé ?
Les conseils d'administration sont régulièrement surpris par leurs propres contrats. Un contrat de crédit signé en des temps meilleurs contient des covenants que personne n'a relus depuis. Un contrat de fourniture que chacun croit intouchable se révèle résiliable à bref délai. On ne négocie pas autour de droits dont on ignore l'existence, et les avocats du créancier, eux, les connaissent.
Savoir qui occupe quel rang
Les créanciers ne se comportent pas selon le montant de leurs créances, mais selon leur rang. Un prêteur entièrement garanti peut se permettre la patience ; un fournisseur chirographaire qui voit son exposition grandir ne le peut pas. L'art. 219 LP fixe cet ordre : les créances des employés bénéficient de privilèges légaux, tandis qu'un prêt d'actionnaire, à plus forte raison postposé au sens de l'art. 725b CO, se retrouve de fait tout au fond.
Cartographiez vos créanciers en conséquence : garantis, privilégiés, chirographaires, postposés, et, en travers de cela, stratégiques ou remplaçables. Cette carte explique des comportements qui paraîtraient sinon irrationnels, et elle montre à quoi ressemble, pour chaque créancier, la véritable alternative à un accord. Un créancier qui récupérerait peu dans une faillite a toutes les raisons de soutenir un plan crédible. Rendre ce calcul visible (avec prudence et honnêteté) est souvent l'argument le plus convaincant dont dispose un débiteur.
Constituer le dossier avant le premier appel
Rien ne détruit une négociation plus vite que des chiffres qui changent. Avant d'approcher qui que ce soit, rassemblez le dossier : des comptes à jour, un plan de trésorerie glissant à court terme, un exposé clair des causes de la crise et les mesures d'assainissement déjà prises ou décidées. Si les chiffres ne sont pas encore fiables, réglez cela d'abord. Demander des concessions sur la base de chiffres qu'il faudra corriger trois semaines plus tard coûte la seule monnaie dont vous disposez, la crédibilité.