Lorsqu'une décision du conseil d'administration tourne mal, la question posée après coup est rarement de savoir si la décision était juste. Elle est de savoir si le conseil a été diligent. Les administrateurs d'une société suisse sont jugés sur la qualité de leur processus, non sur le résultat de leurs paris, mais seulement si ce processus peut être démontré. Des années plus tard, le procès-verbal est généralement la seule preuve qui subsiste.
Le procès-verbal est une preuve, pas un aide-mémoire
Beaucoup de temps peut s'écouler entre une décision et le moment où elle est remise en cause : par un liquidateur, un nouvel actionnaire, l'équipe de due diligence d'un acheteur ou un tribunal. Entre-temps, les souvenirs se sont estompés, la direction a changé et certains des administrateurs de l'époque ne sont plus en fonction. Ce qui reste, c'est le procès-verbal, que la loi impose au conseil de tenir de ses délibérations et décisions (art. 713 CO).
S'il indique seulement que « le conseil approuve la transaction », il prouve qu'une décision a été prise, et rien sur la manière. Un procès-verbal maigre ne se contente pas de ne pas aider : il suggère que le processus était aussi maigre que le dossier, même lorsque la discussion a en réalité été longue et sérieuse.
La protection que le droit suisse offre aux administrateurs diligents repose précisément là-dessus. Le devoir de diligence (art. 717 CO) est un devoir de processus soigné, non de résultat correct. Un conseil qui s'est correctement informé, a pesé les options et a décidé dans l'intérêt de la société reste défendable même si la décision a échoué. Mais cette défense doit pouvoir être reconstituée à partir du dossier, et ce dossier, le conseil l'écrit lui-même, à tête reposée, pour un coût presque nul.
Ce qu'un procès-verbal protecteur consigne
Quatre éléments font l'essentiel du travail :
- Les informations sur lesquelles le conseil s'est appuyé. Quels rapports, chiffres, évaluations ou expertises étaient sur la table, qui les a établis et à quelle date. Si le conseil s'est fié à la direction ou à un conseiller externe, il faut le dire.
- Les alternatives examinées. Un conseil qui a pesé plusieurs options et en a choisi une paraît diligent. Un conseil dont le dossier montre une seule option approuvée sans discussion visible ressemble à une chambre d'enregistrement, même si le débat a en réalité été vif.
- Les motifs de la décision. Deux ou trois phrases expliquant pourquoi la voie retenue a été préférée aux autres. Pas une plaidoirie, un résumé.
- Les avis divergents et les abstentions. Consignés nommément, à la demande du membre concerné ou à l'initiative de la présidence.
Pas une transcription
Le réflexe de se protéger en enregistrant tout est une erreur. Le procès-verbal est un acte de décision, pas une transcription. Les comptes rendus mot à mot de discussions exploratoires vieillissent mal : un administrateur qui réfléchit à voix haute aux pires scénarios se lit, des années plus tard, comme un avertissement ignoré. La bonne altitude est celle de la décision. Ce qui était sur la table, ce qui a été décidé, sur quelle base, et qui n'était pas d'accord.