D'abord la mise en demeure

Renoncez à la série de rappels courtois. Après un rappel ordinaire, envoyez une mise en demeure formelle : référence de la facture, montant, délai clair, et l'annonce qu'à son échéance vous engagerez la poursuite sans autre avertissement. Beaucoup de débiteurs traitent les factures ouvertes comme une ligne de crédit gratuite aussi longtemps que les courriers du créancier restent doux ; une mise en demeure qui nomme l'étape suivante change le calcul.

Profitez du délai pour vérifier votre propre dossier. Tout ce qui suit dépend de ce que vous pouvez produire : le contrat ou la commande, la preuve de la livraison ou de la prestation, la facture, et toute correspondance dans laquelle le débiteur a reconnu la dette ou promis de payer. Si le débiteur a soulevé des griefs contre la prestation elle-même, traitez-les maintenant — un vrai litige sur la prestation est un autre problème que la simple mauvaise volonté de payer.

La poursuite — la voie suisse par excellence

Le droit suisse de l'exécution forcée a une particularité qui surprend les créanciers étrangers : on peut déclencher l'exécution officielle sans aucun jugement. Une réquisition de poursuite adressée à l'office des poursuites entraîne la notification d'un commandement de payer au débiteur — l'acte d'ouverture de la poursuite. Elle coûte peu à engager, arrive sous forme de document officiel et figure au registre des poursuites du débiteur, que banques et partenaires commerciaux consultent. Face à un débiteur solvable qui jouait simplement la montre, cette étape suffit souvent à provoquer le paiement.

L'opposition et le passage au tribunal

Le débiteur peut bloquer la poursuite par une simple opposition — sans donner le moindre motif. Les rôles s'inversent alors : c'est à vous de faire lever l'opposition. Avec des preuves écrites claires, en particulier une reconnaissance de dette signée, une procédure sommaire de mainlevée permet d'écarter l'opposition efficacement. Sans un tel document, il faut d'abord faire constater la créance dans un procès ordinaire — avec les coûts et les délais que cela implique. C'est pourquoi la manière dont l'affaire a été documentée pèse plus sur le recouvrement que tout ce que vous ferez après l'impayé.

Quand cela en vaut la peine

Avant d'escalader, répondez honnêtement à trois questions. Le débiteur peut-il payer — poursuivre une coquille vide vous rapporte des frais, pas d'argent ? La créance est-elle assez documentée pour survivre à une opposition ? Et le montant justifie-t-il l'effort — en soi, ou comme signal de discipline de paiement adressé à vos autres clients ?

Parfois, la réponse commerciale est un accord de paiement échelonné assorti d'une reconnaissance de dette — qui vous procure du même coup le document qui rendra toute exécution future rapide. Si des montants significatifs sont en souffrance, il vaut la peine de discuter du dossier concret avec un avocat avant de choisir la voie.